En visite dans l’eldorado minier du Katanga, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a annoncé son intention de renégocier les contrats miniers, notamment ceux conclus avec la Chine par son prédécesseur Joseph Kabila, une révision promise au nom des Congolais qui « croupissent toujours dans la misère ».

« Il n’est pas normal que ceux avec qui le pays a signé des contrats d’exploitation s’enrichissent pendant que nos populations demeurent pauvres », a déclaré jeudi 13 mai M. Thisekedi, lors d’une visite dans la ville minière de Kolwezi.

« Dans leurs propres poches »

« C’est aussi notre faute. Certains de nos compatriotes avaient mal négocié les contrats miniers. Pire, le peu qui revient à l’État, ils l’ont mis dans leurs propres poches », a-t-il accusé, promettant de faire du « grand Katanga, du Congo tout entier (…) la capitale mondiale des minerais stratégiques ».

Arrivé la veille à Lubumbashi, la capitale du Haut-Katanga, il avait déjà vilipendé les investisseurs miniers dans la région qui « nous ont trop volés », qui « deviennent de plus en plus riches » tandis que les Congolais « continuent à croupir dans la misère ».

Le Katanga abrite d’immenses richesses minières, dont le cobalt, le cuivre, l’uranium, dans un pays souvent décrit comme un « scandale géologique » tant son sous-sol regorge de richesses.

Sous la colonisation, puis l’indépendance avec l’entreprise publique Gécamines, la région a toujours contribué à plus de 50 % du budget national, et la presque totalité des exportations. La faillite de la Gécamines dans les années 1990 a été synonyme d’effondrement de l’économie du pays.

Les investisseurs miniers étrangers sont arrivés massivement au Katanga dans les années 2000 (pendant le « boom minier »), à mesure des cessions successives des gisements de la Gécamines, mais sans jamais le moindre impact sur le quotidien des 90 millions de Congolais, pour la plupart abandonnés à eux-mêmes et à la débrouille par un Etat failli, alors que la RDC reste le huitième pays le plus pauvre de la planète.

Une quarantaine d’entreprises minières opèrent aujourd’hui au Katanga, dont les géants Gécamines et Tenke Fungurume Mining (TFP). Une trentaine sont chinoises ou à capitaux majoritairement chinois.

Pour le quotidien Le Potentiel, pas de doute, les propos de M. Tshisekedi lors de sa visite katangaise visent en priorité le partenaire chinois. Il entame ainsi « un bras de fer avec la Chine sur les contrats passés avec Kabila », alors que la RDC, « jadis un allié de taille » de Pékin, « s’est maintenant rapprochée des Etats-Unis ».

« Pas de plan anti-chinois »

Elu en décembre 2018, M. Tshisekedi a rompu en décembre 2020 la coalition qu’il formait avec le camp Kabila, après deux ans et demi de cogestion du pays.

Au pouvoir de 2001 à 2019, M. Kabila avait négocié en 2008 un contrat sous forme de troc (cobalt et cuivre contre la construction d’infrastructures) avec un consortium chinois pour un montant de 9 milliards de dollars, renégocié à 6 milliards sous pression du FMI. A ce jour, près de 2,74 milliards ont été décaissés par la partie chinoise, pour l’essentiel sous forme d’investissements.

« Il n’y a pas de plan anti-chinois (…), modère une source à la présidence, interrogée au lendemain de ces déclarations. Nous ne sommes pas dans l’optique d’un bras de fer avec nos partenaires (…), qui ont le bénéfice du doute. » Il n’en fallait en tout cas pas plus pour relancer le grand jeu des grandes puissances autour de l’échiquier congolais.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  En Afrique, la RDC fait trembler les géants miniers

Le 6 mai sur Twitter, l’ambassadeur Peter Pham, personnalité incontournable de la diplomatie des Etats-Unis sur le continent, avait salué d’un « Bravo ! », un article de la revue Africa Intelligence révélant cette renégociation à venir des contrats chinois au Katanga.

« La RDC et l’Afrique ne doivent pas être le champ de bataille des puissances. Soyons vigilants à ceux qui crient aux combats et cherchent à créer de l’hostilité », a commenté vendredi sur Twitter l’ambassadeur de Chine dans le pays, Zhu Jing. Ceci alors que le président Tshisekedi s’est entretenu au téléphone le 7 mai avec son homologue chinois Xi Jinping.

« Cela concerne tous les miniers mais, de fait, les Chinois ont aujourd’hui une place dominante dans le secteur », explique la source à la présidence congolaise. « Il faut s’attendre dans les prochains mois à des discussions avec tous les miniers », prévient cette source. Et « cela va se faire de façon méthodique, conformément à la feuille de route posée par le président ».

Le Monde avec AFP

 

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