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Kinshasa, 9 août 2026 – Alors que le franc congolais maintient une relative stabilité face au dollar, l’évolution des prix intérieurs dessine un tableau plus nuancé. Les dernières données de la Banque Centrale du Congo (BCC) confirment que le taux de change officiel tient bon, mais que l’inflation cumulée depuis le début de l’année a déjà franchi le niveau que l’institut d’émission avait projeté pour l’ensemble de 2026.
 
Un taux de change sous contrôle
 
Au 7 août 2026, le cours indicatif publié par la BCC s’établissait à 2 260,87 CDF pour un dollar américain, sans variation notable sur un ou deux jours. Cette stabilité constitue l’un des acquis les plus visibles de la politique monétaire conduite depuis mi-2025.Sur le marché parallèle, l’écart demeure toutefois perceptible. À Kinshasa, les cours vendeurs se situaient récemment autour de 2 310 à 2 328 CDF, soit près de 3 % au-dessus de l’indicatif. En province, la fourchette s’élargit : certains marchés affichent jusqu’à 2 400 CDF, traduisant des différences de liquidité et de conditions d’approvisionnement selon les localités.
 
L’inflation cumulée dépasse déjà la cible annuelleLes chiffres de l’Institut National de la Statistique, repris par la BCC, sont sans ambiguïté. À la semaine close le 25 juillet 2026 :
  • Inflation hebdomadaire : 0,190 %
  • Inflation en glissement annuel : 3,102 % (largement sous l’objectif de moyen terme de 7 %)
  • Inflation cumulée depuis le 1er janvier : 5,619 %
  • Taux annualisé (extrapolation du rythme hebdomadaire) : environ 10,1 %
Dans son rapport sur la politique monétaire publié en juin 2026, la BCC anticipait une inflation passant de 2,3 % en 2025 à 4,7 % en 2026. Le cumul de 5,619 % enregistré dès fin juillet dépasse donc déjà cette projection annuelle, alors qu’il reste encore cinq mois dans l’exercice.Ce décalage met en évidence une dynamique des prix intérieurs plus soutenue que prévu, notamment portée par les produits alimentaires, les coûts énergétiques et les contraintes logistiques.
 
Une politique monétaire assouplie, mais prudente
 
La BCC a accompagné la stabilisation du franc par un assouplissement progressif de ses instruments. Le taux directeur a été ramené en plusieurs étapes de 17,50 % (octobre 2025) à 12,50 % (juillet 2026). Quatre baisses en dix mois illustrent la volonté de soutenir l’activité économique tout en préservant les acquis en matière de change.L’institut d’émission qualifie sa ligne de « prudente, proactive et fondée sur l’analyse prospective des risques ». Parmi les facteurs de vigilance figurent les chocs d’offre sur les denrées alimentaires et énergétiques, les contraintes sécuritaires à l’Est et les rigidités structurelles du système de transport.
 
Quelles implications pour l’économie congolaise ?
 
La tenue du cours du franc limite la transmission immédiate des chocs externes aux prix importés (carburants, riz, biens manufacturés). Cependant, le dépassement précoce de la projection d’inflation cumulée rappelle que la stabilité du change ne se traduit pas automatiquement par une maîtrise totale des prix à la consommation.
 
Pour les ménages, cela se traduit par une pression continue sur le pouvoir d’achat, particulièrement dans les zones où l’écart entre marché officiel et parallèle est le plus marqué. Pour les entreprises, la question porte désormais sur la capacité de la BCC à contenir le rythme inflationniste d’ici la fin de l’année sans remettre en cause la politique d’assouplissement en cours.
 
La trajectoire des prochains mois sera déterminante. Si le rythme hebdomadaire se maintient autour de 0,19 %, l’inflation annuelle pourrait nettement dépasser les 4,7 % initialement retenus. À l’inverse, un ralentissement progressif des hausses de prix permettrait de rapprocher le résultat final de la projection.La BCC et le marché suivront de près les prochains relevés hebdomadaires, tout comme l’évolution des réserves internationales et des dépenses publiques, deux variables clés pour la poursuite de la stabilisation monétaire.
 
Alain Lusanga

 

1 USD = 2 260,87 CDF (source: BCC)


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