Cela a tout du scénario d’un film. D’un côté un pays immense, où tout semble frappé au coin du gigantisme : 2,345 millions de km², soit plus de quatre fois la France et 80 millions d’hectares de terres arables. De l’autre, des défis tout aussi grands : environ 90 millions d’habitants, une démographie galopante, une production agricole extrêmement faible et une facture liée aux importations alimentaires (2 milliards de dollars) qui s’alourdit chaque année. Entre les deux, un homme, George Forrest, et son idée fixe : mener la République démocratique du Congo sur le chemin de l’autosuffisance alimentaire.

 

1 % des terres cultivées

Si on l’analyse, la dernière aventure entrepreneuriale de l’industriel relève presque du récit prométhéen, par son contexte et son personnage principal. Selon l’Organisation des nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), la RDC a le potentiel pour nourrir 2 milliards de personnes soit 1/4 de l’humanité. Mais le géant ne cultive que 1 % de ses terres. Cette situation met le pays à la merci de la première crise venue : du coronavirus au conflit russo-ukrainien, chaque soubresaut mondial a affecté négativement l’approvisionnement alimentaire du pays. Alors que sa population s’accroît à un rythme de 3 % par an, et que Kinshasa est déjà l’une des métropoles les plus peuplées du continent, l’insécurité alimentaire constitue le terreau de crises futures.

 L’AGRICULTURE POURRAIT BIENTÔT DÉPASSER L’EXPLOITATION MINIÈRE EN TANT QU’INDUSTRIE DOMINANTE EN RDC

Face à cette équation, il faut certes le volontarisme des pouvoirs publics, mais aussi l’implication du secteur privé dans un mélange de témérité, de moyens immenses et de détermination. George Forrest coche ces trois cases. Le patron du Groupe Forrest International a fait fortune dans le BTP, les mines et l’énergie. Son histoire personnelle se confond avec celle de la RDC depuis toujours. En effet, celui que l’on surnomme le vice-roi du Katanga a survécu à la deuxième guerre du Shaba, notamment à la bataille de Kolwezi. Parlant couramment le swahili, il est actuellement l’un des plus gros employeurs du pays et a décidé de renforcer son empreinte dans l’agriculture congolaise.

L’homme d’affaires possédait jusque-là 30 000 têtes de bovins via la compagnie qu’il a rachetée en 2006, les Grands Élevages de Katongola (Grelka). Il a décidé de porter ses actifs dans une nouvelle structure, GoCongo, une holding qu’il a créée avec l’entrepreneur Aziz Khabirpour et qui totalise désormais 56 000 têtes, en plus d’autres actifs agro-industriels (biscuiterie, unités de transformation et de commercialisation de viande), ainsi que 3 000 hectares de cultures. Pour George Forrest, cet engagement traduit sa conviction que « l’agriculture pourrait bientôt dépasser l’exploitation minière en tant qu’industrie dominante en RDC ».
Si la rentabilité reste un critère essentiel pour GoCongo, pas question néanmoins de procéder comme certains investisseurs qui visent le profit avant tout, au détriment de l’environnement. La forêt du bassin du Congo constitue aujourd’hui le second poumon vert de la planète après l’Amazonie, et son importance est vitale pour la qualité de vie des populations locales. Aussi GoCongo mènera-t-il des actions de reforestation. « Nous voulons déployer GoCongo en appliquant les principes du développement durable », déclare Pierre Chevalier, administrateur de la holding.

Une chance pour le pays

Les différents défis auxquels la holding fait face et les engagements qu’elle a pris poussent les experts à se demander si l’aventure GoCongo se soldera par un succès. Certes, l’histoire du continent africain est tissée de récits d’aventuriers partis à la conquête de grands empires, armés de leur seule détermination. Mais elle est aussi semée d’échecs mémorables.

À Kinshasa, on suit l’aventure de près, car il s’agit pour la RDC d’un enjeu crucial. En cas de succès, GoCongo peut faire des émules et inciter la redirection des capitaux vers le secteur agricole congolais. Outre sa capacité à réduire les risques de crises sociales futures, cette diversification serait la bienvenue pour une économie congolaise très dépendante du secteur minier. Guérir la RDC de sa maladie hollandaise [terme qui désigne les conséquences nuisibles de l’exploitation des ressources naturelles, ndlr] ? Le chemin sera long et ardu. Mais, la sagesse swahilie dit, et George Forrest le sait : « Un homme patient mangera des fruits mûrs. »
 
Jeune Afrique

 

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