
La Banque Centrale du Congo (BCC) accélère sa stratégie de diversification des réserves officielles en se tournant vers l'or issu de l'exploitation artisanal. Le gouverneur André Wameso a signé, le vendredi 20 février 2026 à Kinshasa, un partenariat stratégique avec DRC Gold Trading SA (société publique sous contrôle étatique), en présence de la ministre du Portefeuille Julie Shiku.Cet accord vise à positionner la BCC comme un acheteur majeur (off-taker) de l'or produit par les mineurs artisanaux, via DRC Gold Trading SA qui assure la collecte, la certification, la traçabilité et l'exportation. L'or acquis sera intégré aux réserves monétaires de la BCC, aux côtés des devises étrangères traditionnelles (principalement dollars), pour renforcer la souveraineté monétaire, stabiliser le franc congolais, protéger contre l'instabilité et réduire la dépendance aux flux illicites.Cette initiative s'inscrit dans une ambition plus large : formaliser le secteur artisanal (qui représente une grande partie de la production nationale d'or), canaliser les flux vers le circuit officiel, lutter contre la contrebande (souvent liée aux groupes armés dans l'Est), améliorer la traçabilité et rapatrier davantage de devises. DRC Gold Trading SA cible 15 tonnes d'or exportées en 2026, avec un rapatriement potentiel de 2,6 milliards USD dans l'économie formelle.Cependant, plusieurs défis majeurs doivent être gérés pour que ce programme réussisse :
- Augmentation massive des volumes déclarés : La production artisanale officielle n'était que d'environ 2,5 tonnes en 2025. Atteindre 15 tonnes exigerait une multiplication par cinq ou six des quantités captées formellement, ce qui suppose une mobilisation accrue des creuseurs, une sécurisation des sites et une lutte efficace contre les sorties illégales vers les pays voisins.
- Contraintes financières : Au prix actuel de l'or (environ 5 050 USD l'once début 2026), acquérir 15 tonnes représenterait près de 2,4 milliards USD (soit environ 7 000 milliards de francs congolais), soit une injection massive de liquidités locales. Cela pose un risque inflationniste si non maîtrisé, nécessitant une surveillance stricte de la masse monétaire.
- Défis opérationnels et sécuritaires : Le secteur artisanal reste informel, avec des problèmes de traçabilité, d'impacts environnementaux, d'exploitation illégale et de présence de groupes armés sur de nombreux sites (Ituri, Kivu, etc.). La concurrence avec les acheteurs privés locaux pourrait aussi émerger, l'État devenant un acteur majeur sur le marché.
- Gouvernance et transparence : Assurer que les bénéfices reviennent aux communautés locales, aux coopératives et à l'État, tout en évitant les dérives (corruption, monopoles inefficaces).
Alain Lusanga