Pendant que plusieurs pays africains, dont la RDC s’embourbent dans des tripatouillages constitutionnels et légaux du fait de la boulimie de pouvoir de certaines de leurs élites politiques, le Rwanda met en place activement des réformes destinées à créer à l’intérieur de ses frontières un levier de commercialisation, de mise en valeur et d’industrialisation des produits miniers.

Pour atteindre cet objectif, le pays du président Paul Kagame a élaboré depuis 2017 une «Stratégie nationale de transformation» dont la quintessence consiste à fixer des objectifs clairs à atteindre au plus tard 2024.

Il s’agit pour Kigali de se concentrer sur des investissements susceptibles d’apporter de la valeur ajoutée aux produits miniers, particulièrement les ‘’3T’’, à savoir : l’étain, la tantale et le tungstène. 

Une polémique oppose le gouvernement rwandais à de nombreux analystes pour qui le pays des mille collines ne dispose pas en propre de réserves de ces minerais et qu’il ne compterait que sur l’exploitation illégale des produits miniers de la RDC pour arriver à ses fins.
«Il est évident que la classe dirigeante du Congo-Kinshasa, caractérisée par une culture politique dévoyée et entièrement plongée dans la distraction des interminables querelles internes de clocher autour des egos surdimensionnés de ses représentants les plus en vue depuis les années d’indépendance n’est pas suffisamment résiliente pour faire face à cette véritable guerre économique qui ne dit pas son nom», estime Eustache Atinda, un expert en stratégie qui ajoute que «le fait que de puissants lobbies de l’hémisphère Nord de la planète qui ont mal vécu le sursaut émancipateur des Congolais avec la promulgation à la fin du deuxième mandat de Joseph Kabila d’un nouveau code minier plus conforme aux intérêts nationaux sont à l’initiative de ces efforts de dépossession dont des pays voisins comme le Rwanda ne sont que des instruments ne préfigure pas des lendemains meilleurs pour Kinshasa ».

Une indifférence complice

En effet, c’est dans la totale indifférence de la plupart des observateurs congolais que le Rwanda a annoncé la construction d’usines destinées à fondre la cassitérite en étain et à raffiner du wolframite pour obtenir du tungstène et à transformer la tantalite en tantale. Hormis quelques timides dénonciations d’acteurs de la très dynamique société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dont les mises en garde sont généralement banalisées par les décideurs à tous les niveaux, ces initiatives d’«investissements sur la chaîne de valeur» annoncées par Kigali laissent de marbre la plupart des élus et responsables exécutifs aussi bien au niveau national que dans les provinces septentrionales de la RDC dont la porosité des frontières permet les trafics les plus juteux aux principautés militaires avoisinantes et à leurs partenaires outre-Atlantique et outre Méditerranée.

Pire, le Rwanda dispose déjà d’une fonderie capable de raffiner de grandes quantités d’or dont aucune carte géologique même truquée ne fait état de prospects à l’intérieur de son territoire. «Les Rwandais ont l’intention d’attirer chez eux toute la production d’or de la sous-région, particulièrement celle des nombreuses exploitations artisanales congolaises pour lui donner de la valeur ajoutée. Ils ambitionnent également de se lancer dans la taille et le polissage des pierres précieuses. Ce n’est quand même pas leur faute si leur immense voisin de l’Ouest ne s’est jamais soucié de mettre en œuvre ce type d’activités malgré son statut de ‘’scandale géologique’’ selon les experts occidentaux les plus sérieux», note Atinda à ce sujet.

Chaîne de valeur

Le Rwanda a compris que la création d’une chaîne de valeur efficace pour la transformation de produits miniers «d’où qu’ils proviennent» le hisserait en une destination obligée pour un grand nombre de producteurs miniers africains dont les pays de la sous-région, principalement la RDC. La chaîne de valeur ainsi mise en place est susceptible en outre d’attirer vers ce pays des industriels utilisateurs finaux (end users) des produits miniers qui se recrutent essentiellement dans les pays occidentaux et d’autres entités émergentes comme la Chine.

Pour se donner les moyens d’attirer les investissements dans ce domaine, outre son nouveau code minier adopté en 2018, le pays de Paul Kagame a mis en place le Rwanda Mines, Petroleum And Gas Board (RMB). Cette institution est chargée de coordonner les actions du gouvernement dans le secteur des mines et des hydrocarbures et de conseiller l’Etat rwandais et ses différents démembrements sur les voies et moyens les plus efficaces pour parvenir à mettre en œuvre et développer cette politique. 

Dix ans plus tôt (2008), le Rwanda Development Board (RDB), un organisme chargé du soutien et de la promotion des investissements dans le pays, avait été constitué en vue de mettre en place un cadre réglementaire incitatif pour le développement du secteur minier. Dans le cadre des législations impulsées par ces initiatives, les investisseurs bénéficient d’une exonération d’impôts sur le revenu des sociétés allant jusqu’à 7 ans pour un investissement minimal de 50 millions USD. Les sociétés qui travaillent sur des projets d’exportation de minéraux transformés sur le sol rwandais, bénéficient pour leur part d’un impôt préférentiel de 15% sur le revenu pouvant couvrir jusqu’à 50% de leur chiffre d’affaires tandis que leurs équipements miniers sont exemptés d’impôts et taxes.

A Kinshasa pendant ce temps

Au lieu de capitaliser ses atouts en s’inspirant de l’exemple du Rwanda qui construit ainsi petit-à-petit sa sphère économique avec l’ambition de devenir un hub de l’industrie minière tant dans la sous-région que sur le continent africain en comptant sur des minerais de la contrebande en provenance de son territoire, la RDC se complaît dans les révolutions de palais encouragées en sous-main par des lobbyistes occidentaux qui ne se cachent même plus. Qu’il s’agisse de l’or ou des terres rares, les produits miniers du pays de Lumumba continuent bon an mal an à traverser les frontières nationales pour le Rwanda.

Ainsi, les services de la douane congolaise n’ont enregistré qu’à peine 3kg d’or à l’exportation pendant les six premiers mois de l’année 2020 pour toute la partie Est de la RDC alors que des enquêtes documentées estiment jusqu’à 15 tonnes le volume de l’or frauduleusement exporté du territoire congolais par les postes-frontières disséminés à travers cet espace géographique.

En même temps que le Rwanda qui avait été sérieusement déstabilisé par le génocide de 1994 est en train de se reconstruire en ménageant au forceps ses intérêts économiques et stratégiques, la RDC devra mettre effectivement en œuvre toutes les réformes initiées par son nouveau Code minier de mars 2018 mais aussi lutter efficacement contre l’exploitation illégale de ses minerais dont une bonne partie échoue entre les mains d’acteurs localisés hors de ses frontières. 

Le moratoire sur la transformation de concentré du cobalt annoncé récemment par Kinshasa constitue certes une bonne chose à cet égard. Mais encore faut-il penser à élargir cette mesure à tous les autres principaux minerais d’exportation de la RDC.


Le Maximum / MCP, via mediacongo.net

 

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