
La République Démocratique du Congo cherche activement à diversifier les sources d’investissement pour son ambitieux projet d’extension de la ville de Kinshasa, baptisé Kinshasa Kia Mona (« Kinshasa qui renaît » ou « Kinshasa voit enfin »). Ce méga-projet vise à désengorger la capitale, qui compte environ 17 millions d’habitants et souffre d’une urbanisation anarchique, en développant une nouvelle zone urbaine moderne située principalement dans la commune de Maluku, à une soixantaine de kilomètres du centre-ville.Le chantier, dont le lancement officiel a eu lieu en décembre 2025 avec la pose de la première pierre par le président Félix Tshisekedi, prévoit le démarrage des travaux physiques principaux dès le premier trimestre 2026. Kinshasa Kia Mona ambitionne de créer une cité industrielle sino-congolaise dotée de parcs industriels, de quartiers résidentiels, commerciaux et ouvriers, ainsi que d’infrastructures sociales majeures (hôpitaux comme la plateforme « Marthe Kasalu », universités, etc.), sans oublier des hubs logistiques et de production destinés à favoriser l’industrialisation locale et à réduire la dépendance aux importations.L’envergure du projet est colossale : le coût global est estimé entre 46 milliards d’euros et plus de 50 milliards de dollars selon les sources, avec une première phase portée par un consortium chinois (notamment China East Africa Trade Development Co. Ltd et le partenariat Sino-Congo Special Economic Development Zone).
Ce volet prévoit l’implantation de 1 200 usines sur cinq ans, dont 160 dès 2026, et la création de dizaines de milliers d’emplois directs – 30 000 dans un premier temps, jusqu’à 225 000 à terme.Malgré cet ancrage chinois très marqué, typique des grands projets d’infrastructures en RDC ces dernières années, les autorités congolaises insistent sur leur volonté de diversifier les investisseurs. L’objectif est clair : réduire la dépendance à un seul partenaire, attirer des capitaux d’autres horizons – notamment européens, mais aussi potentiellement américains, asiatiques non chinois ou privés multilatéraux – et accélérer la mobilisation des fonds grâce à des mécanismes variés tels que les partenariats public-privé (PPP), les contrats BOT (Build-Operate-Transfer), les accords de collaboration ou les fonds mixtes.Cette stratégie de diversification s’inscrit dans une logique plus large : éviter une sur-dépendance à la Chine (comme dans les anciens schémas « minerais contre infrastructures »), renforcer l’attractivité globale du pays pour la diversification économique au-delà du secteur minier, garantir une exécution plus équilibrée du projet et favoriser des transferts de technologies variés. Comme l’ont récemment relayé plusieurs médias, dont RFI Afrique en mars 2026, le gouvernement met en avant des facilités spécifiques pour séduire industriels et investisseurs internationaux dans ce qui est présenté comme un levier majeur de transformation de Kinshasa en une métropole moderne et polycentrique.Reste que le succès de Kinshasa Kia Mona dépendra de plusieurs facteurs critiques : la capacité à sécuriser les financements promis, la stabilisation du cadre juridique et réglementaire, ainsi que la gestion des défis logistiques, environnementaux et sociaux dans une zone encore largement peu urbanisée.
S’il est mené à bien, ce projet pourrait non seulement redessiner le visage de la capitale, mais aussi générer des retombées économiques et sociales significatives pour l’ensemble du pays.
Patrick Kiwewa