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La République Démocratique du Congo (RDC) et TotalEnergies ont relancé les discussions autour du projet hydroélectrique régional Ruzizi III, une infrastructure stratégique visant à améliorer l’accès à l’électricité dans l’Est du pays et la sous-région des Grands Lacs. Selon des informations relayées par plusieurs médias congolais, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a reçu à Kinshasa une délégation du groupe TotalEnergies menée par Ronan Masseron, Africa Division Country Chair pour la région des Grands Lacs, accompagnée de Baba Moussa Diallo, Directeur général de TotalEnergies Marketing RDC SA.
 
Au cours de cette rencontre, les échanges ont porté sur l’état d’avancement du projet, les contraintes techniques, réglementaires, sécuritaires et financières à lever à très court terme, ainsi que les perspectives de relance effective dans un contexte régional marqué par une stabilité croissante, la coopération économique et les efforts de paix. Les représentants de TotalEnergies ont présenté un point détaillé sur ces aspects, soulignant le caractère pilote de ce projet pour promouvoir une énergie verte tout en préservant les équilibres naturels.Situé sur la rivière Ruzizi, qui constitue la frontière naturelle entre la RDC et le Rwanda (dans la province du Sud-Kivu pour la RDC), Ruzizi III est un barrage au fil de l’eau d’une capacité prévue de 206 MW. Il s’inscrit dans une cascade hydroélectrique régionale, après Ruzizi I (30 MW, opérationnel depuis 1959) et Ruzizi II (44 MW, depuis 1989). Développé sous un partenariat public-privé via Ruzizi III Energy Limited, le projet vise à alimenter durablement la RDC, le Rwanda et le Burundi (via la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs - CEPGL), avec une production annuelle estimée à environ 1 153 GWh.
 
TotalEnergies détient une participation d’environ 20 % dans le consortium. Le coût global est évalué entre 620 et 800 millions de dollars, avec une mise en service envisagée autour de 2030 si les calendriers sont respectés, l’électricité produite devant être partagée entre les trois pays (dont une part significative pour la RDC et le Rwanda, environ 68 MW pour ce dernier).Ce projet a connu de nombreux retards ces dernières années en raison des défis sécuritaires dans l’Est de la RDC, des questions de financement (avec des révisions par la Banque Européenne d’Investissement en 2025 liées aux conflits) et des négociations sur les consortiums EPC (ingénierie, procurement, construction). Des avancées avaient été notées en 2025 avec l’implication d’acteurs américains et un positionnement stratégique dans les pourparlers de paix RDC-Rwanda soutenus par les États-Unis.Cette relance des discussions intervient alors que la RDC cherche à exploiter son immense potentiel hydroélectrique (estimé à plus de 100 000 MW) pour réduire la dépendance aux importations énergétiques, atténuer le déficit chronique d’électricité dans l’Est (où les coupures restent fréquentes) et soutenir l’intégration régionale.
 
Ruzizi III est perçu comme un levier pour la paix et le développement économique, en favorisant la coopération entre Kinshasa, Kigali et Bujumbura.Aucun calendrier précis de démarrage des travaux n’a été annoncé lors de cette rencontre, mais les parties insistent sur la nécessité de résoudre rapidement les obstacles restants pour concrétiser ce projet structurant. La situation reste à suivre, particulièrement dans un contexte où les dynamiques de paix régionale pourraient accélérer les avancées.
 
Alain Lusanga