La monnaie nationale, le franc congolais, est en mauvais ballottage face à la devise étrangère. Plutôt que de s’ébahir comme tout citoyen lambda sur la dépréciation de sa monnaie, le gouvernement devrait prendre des mesures idoines et donner des orientations claires sur les voies de sortie de crise. Hélas ! Vendredi, c’était un conseil des ministres paraplégique, terne et sans saveur, tenu dans un climat tiède, surtout que le Premier ministre, chef du gouvernement, n’a pas pris la parole, lui qui devrait livrer la politique générale de son équipe. Le président de la République s’est contenté d’exiger un rapport hebdomadaire du gouverneur de la Banque centrale et du ministre des Finances. Doit-on donc craindre que l’impact économique déjà grave, liée à la pandémie de Covid-19,  s’aggrave davantage en RDC ?

Il s’observe que depuis quelques semaines, le franc congolais ne fait que se déprécier face au dollar américain. La monnaie nationale se change à 2.200 francs congolais le dollar au parallèle et à 2.000 francs congolais le dollar à l’interbancaire, contre 1950 CDF et 1920 CDF, respectivement au parallèle et à l’interbancaire. Une situation, certes, justifiée par la crise sanitaire liée à la Covid-19, mais qui ne peut être jugulée qu’avec des mesures drastiques qui viendraient du gouvernement.

En guise de réponse, dans sa communication lors de la 41ème réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 24 juillet 2020, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a exprimé la « nécessité d’enrayer la dépréciation du franc congolais ».

« Le chef de l’État a indiqué que le pouvoir d’achat de nos compatriotes, principalement les couches sociales les plus vulnérables et les masses populaires laborieuses qui subissent de plein fouet la dépréciation monétaire, continue de baisser depuis un certain temps », indique le compte rendu du gouvernement.

Concrètement, « le chef de l’État a réitéré à ce sujet l’instruction qu’il avait déjà donnée au Premier ministre de veiller à ce que le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale du Congo qui ont la responsabilité de la stabilité de notre monnaie, prennent les mesures appropriées pour arrêter la dépréciation de celle-ci ».

Pour s’en rassurer, le président de la République a manifesté sa détermination à s’impliquer personnellement dans le règlement de ce dossier, en exigeant un rapport hebdomadaire à ce sujet.

Agir en amont

Alors que les analystes s’accordent sur l’imminence d’une reprise de croissance en 2021, notent les experts, les perspectives de croissance mondiale pour 2020 sont notoirement négatives avec une récession plus grave que celle observée durant la crise financière mondiale, mais comparable à la grande dépression des années 30.

Or, tous les indicateurs le démontrent : la crise économique actuelle, imposée au monde entier par la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, risque de durer encore plus longtemps. Et l’impact économique déjà grave, s’accentuera certainement davantage en RDC.

Le Conseil des ministres aurait dû prendre, en amont, des mesures économiques draconiennes, en énonçant les grandes directives puis demander, en aval, au gouverneur de la Banque centrale du Congo et  au ministre des Finances de les exécuter.

Comme pour se faire une bonne conscience, la Banque centrale tente de se justifier à qui mieux-mieux.

« Il n’y a pas que le franc congolais qui connait une dépréciation. La monnaie zambienne a connu une dépréciation de 15%, la monnaie sud-africaine en a connu jusqu’à 14% et la monnaie nigériane entre 20% et 30%. Plusieurs autres monnaies aussi. Nous ne sommes pas les seuls à avoir connu cette situation », a justifié le directeur général de la BCC en charge de la politique monétaire et opérations bancaires, Jean-Louis Kayembe wa Kayembe, dans une sortie médiatique sur les antennes d’une station de radio émettant depuis Kinshasa.

Parmi les causes ayant conduit à la dépréciation de la monnaie congolaise, l’on épingle le déficit des devises sur le marché des changes. Les devises que consomme le pays viennent des exportations qui, elles, sont aussi en baisse. Des transferts d’argent ont diminué, des investissements directs étrangers sont également en baisse. Aussi les banques n’ont-elles pas suffisamment exporté de devises.

« Les banques du monde entier luttent pour atténuer le choc de la crise. Et nous y arriverons. En 2017, la dépréciation avait atteint 54%. On nous promettait le pire, mais nous avons réussi à stabiliser la monnaie nationale. Nous sommes entrain d’augmenter l’offre de la devise sur le marché. Nous avons vendu 25 millions de dollars américains », a déclaré Jean-Louis Kayembe, avec un optimisme rassurant.

À bien observer ce qui se fait présentement, c’est comme si le gouvernement a dessiné une pyramide renversée. Alors que partout ailleurs, après le confinement/déconfinement, les gouvernements ont pris des mesures fortes pour booster les économies, en RDC, on continue de tergiverser sur ce qui devrait être pourtant fait en mode urgence.

La simple bonne volonté ne suffit pas. Un gouvernement, c’est celui qui sait anticiper les événements et agir avant de les subir comme une gifle dans la joue. Ici, on peut se poser à juste titre cette question : que fait la Cellule économique du chef de l’État ?

 


LP

 

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