L’un défend ses mines d’or, l’autre les intérêts de la République démocratique du Congo face aux appétits étrangers: le Sud-Africain Mark Bristow et l’emblématique patron congolais Albert Yuma dominent les débats sur l’avenir du secteur minier en RDC, la principale richesse du géant d’Afrique.

Avec leur style et leur expertise, le PDG de Randgold et l’industriel proche du président Joseph Kabila ont été jeudi les orateurs vedettes de la « Semaine minière » de Lubumbashi, le rendez-vous annuel de l’industrie extractive qui génère 20 à 25% du maigre PIB de la RDC (environ 40 milliards de dollars pour 80 millions d’habitants).

Au menu des échanges: la nouvelle loi sur le code minier promulguée début mars par le président Kabila avec le soutien d’Albert Yuma, et qui a provoqué la colère des géants mondiaux du secteur à commencer par Randgold.

Son PDG Bristow et six autres sociétés – dont Glencore – ont claqué la porte de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), l’organisme patronal présidé par Yuma lui-même.

Ce G7 là fait bloc contre la hausse des redevances sur le cuivre et le cobalt et la remise en cause d’une « clause de stabilité » des contrats.

Régulièrement soupçonnées de corruption, les autorités de Kinshasa affirment vouloir drainer des recettes supplémentaires vers les caisses vides de l’Etat, à l’heure où le monde s’arrache le cobalt congolais (2/3 de la production mondiale).

Ce combat feutré n’est pas la première bataille de Bristow, 59 ans, envoyé au front avec l’armée sud-africaine à la fin des années 70 contre des guérillas en Angola et au Swaziland, a-t-il raconté en 2011 à la presse britannique.

– Au milieu de nulle part –

Gounkoto et Morila au Mali, Tongon en Côte d’Ivoire, Massawa au Sénégal…: Randgold se présente comme « une société de mines d’or centrée sur l’Afrique », côtée à la bourse de Londres et au Nasdaq, avec son siège social à Jersey, île anglo-normande connue pour son climat fiscal paradisiaque.

En RDC, Rangold possède 45% de la mine de Kibali en Ituri (nord-est) pour un investissement total de 2,5 milliards de dollars avec deux autres partenaires. « J’ai investi non seulement l’argent des actionnaires mais mon propre argent », assure l’ancien professeur de géologie en énumérant ses oeuvres sociales « au milieu de nulle part » : « 5.000 emplois, de l’électricité, de l’eau, des logements… »

A la « Semaine minière » Lubumbashi, le patron sud-africain a accusé à mots couverts Albert Yuma de conflits d’intérêt, pour son double rôle à la tête du syndicat patronal et de la société d’Etat Générales des carrières et des mines (Gécamines): « Il a participé au débat sur la loi (portant réforme du code minier). Ce n’est pas une bonne chose pour un footballeur de décider des règles du jeu juste avant d’entrer sur le terrain », glisse-t-il à l’AFP.

Sans croiser Bristow en public, Albert Yuma a assumé à la tribune son patriotisme économique. « Je suis convaincu que la période qui s’ouvre pour l’industrie minière sera profitable à tous mais à la condition que les échanges entre les investisseurs étrangers et la RDC soient plus équitables. C’est ce que le nouveau code minier va nous permettre d’atteindre. J’appelle tout le monde à s’y conformer ».

Natif du Katanga comme la famille Kabila, diplômé de l’université de Louvain en Belgique, Albert Yuma, 63 ans, a fait carrière et assuré ses arrières dans l’ex-groupe belge de textile Utex-Texaf Africa.

Du textile aux mines, il a pris en 2011 la présidence du conseil d’administration de la Gécamines, qui n’est plus que l’ombre de l’ex-Union minière du Haut-Katanga avec ses installation « dans un état de délabrement général », a-t-il reconnu jeudi.

La Gécamines a été qualifiée de « distributeur automatique de billets du régime » congolais par l’ONG Global Witness, qui affirme que 750 millions de dollars ont disparu de sa comptabilité ces dernières années.

« Un rapport biaisé », « une idiotie », a répondu M. Yuma, qui préfère dénoncer les 17 accords déséquilibrés de la Gécamines avec ses partenaires privés.

A la « Semaine minière », le patron congolais a d’ailleurs défendu les nouveaux accords qu’il veut négocier pour ne plus être « minoritaire et minorisée dans des joint-ventures ».

Il a cité un accord avec Glencore pour relancer la mine de cuivre de Kamoto, et annoncé un mystérieux partenariat avec « un groupe industriel spécialisé dans la production de batteries électriques en Chine » pour produire du cuivre et du cobalt à Kolwezi.

« Toutes les projections ont été effectuées sur la base du nouveau code minier et des nouvelles redevances applicables au cuivre et au cobalt », a-t-il insisté. Dans la salle, le patron de Rangold écoutait poliment.​

Avec lalibre.be

 

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