De moins en moins de billets en circulation en Suède et une loi danoise qui permettra aux commerçants de refuser du liquide : ces pays ouvrent la voie à une société débarrassée de la monnaie sonnante et trébuchante. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Alors que les États-Unis réfléchissent à féminiser leur nouveau billet de 10 dollars, d’autres pays se dirigent vers un avenir sans billets et pièces sonnantes et trébuchantes. Après avoir été la première nation européenne à introduire des billets de banques en 1661, la Suède pourrait devenir la première à s'en débarasser. Le Danemark s'y prépare aussi.

Une récente étude du KTH, l’Institut royal technologique de Stockholm, publiée mercredi 14 octobre, illustre ce phénomène en Suède où il n’y a plus que 80 milliards de couronnes suédoises en circulation (8,5 milliards d’euros) contre 120 milliards de couronnes (12,8 milliards d’euros) il y a six ans.

Mouvement plus global

Au Danemark, le législateur pousse même à accélérer ce mouvement. Une proposition de loi soutenue par la Chambre de commerce danoise préconise de laisser aux commerçants le choix d’accepter ou non les paiements en espèce. “Dans des pays comme le Danemark, à chaque fois qu’un commerçant dépose du liquide en banque, il doit payer des frais, ce qui l’incite à soutenir les modes de paiement électroniques”, explique à France 24 Leo Van Hove, professeur d’économie monétaire à l’Université libre de Bruxelles. La Banque centrale danoise réfléchit aussi à cesser de frapper de la monnaie à partir de la fin 2016.

Ces deux pays ne sont en fait que les fers de lance d’un mouvement plus global. Une dizaine d’États, dont la France, sont sur la voie d'une "dé-billetarisation" d'après le géant américain des cartes de crédit MasterCard.

Cet abandon progressif de la monnaie physique présente de nombreux avantages. “Les moyens de paiement sont une infrastructure comme les routes ou les chemins de fer, et tout ce qui peut permettre de simplifier le système bénéficie à la société”, estime Leo Van Hove. Il rappelle qu’il faut transporter les billets, assurer la sécurité des convois, et compter les fonds. Un circuit qui coûte du temps et de l’argent.

Baisse du nombre de braquages de banque

Les billets sont aussi très prisés par les criminels et trafiquants en tout genre. “C’est le moyen de paiement le plus anonyme qui soit”, rappelle l’économiste belge. Réduire leur circulation permet de lutter contre cette économie souterraine. “Un jour, les commerçants regarderont peut-être avec suspicion un client qui veut les payer en liquide”, s’amuse à imaginer ce spécialiste.

Les Suédois ont également réalisé que le nombre de braquages de banques avait considérablement baissé. Entre 2008 et 2011, il est passé de 110 à 16. Cette diminution s'expliquerait, d'après la fédération bancaire suédoise, essentiellement par la diminution des fonds liquides dans les coffres.

“Il n’y aura cependant pas de pays à 100 % sans argent physique avant longtemps, voire jamais”, estime Leo Van Hove. Il estime que “le pire ennemi de cette dématérialisation est la force de l’habitude” qui se transmet d’une génération à l’autre et garantit un avenir aux billets de banque.

Par ailleurs, les banques centrales, les seules habilitées à fabriquer de la monnaie, n’ont qu’un intérêt limité à voir disparaître des bouts de papier qui leur rapportent gros. “Je n’ai jamais réussi à obtenir le coût de production d’un billet en euros, mais la fabrication d’un billet de 100 dollars coûte environ 8 dollars à la Réserve fédérale américaine”, souligne Leo Van Hove. Ce qui signifie que pour chaque billet mis en circulation, la banque centrale américaine se fait une marge conséquente.

Perte de souveraineté ?

Par ailleurs, les paiements électroniques laissent souvent des traces numériques qui peuvent inquièter les défenseurs du droit à la vie privée. “Ils rejoignent sur ce point les vues de ceux qui ont besoin de préserver leur anonymat pour des raisons moins avouables”, note l’économiste.

L'économiste juge de toute façon nécessaire de garder un système de billets et pièces de monnaie de “secours”. “Tout système informatique ou électronique est susceptible de connaître une panne ou une attaque, ce qui nécessiterait de pouvoir rapidement remettre des billets de banque en circulation”, explique ce spécialiste.

Ainsi, Bravalla, le premier festival en Suède où tout devait être payé électroniquement, a connu un sérieux bug informatique qui a empêché les festivaliers, en 2014, de payer avec leur smartphone. Parallèlement à la baisse des braquages de banque, la cybercriminalité financière a beaucoup augmenté en Suède puisque le nombre de fraudes informatiques est passé de 3 304 en 2004 à près de 20 000 en 2011, d’après la police.

Enfin, la montée en puissance de tous les modes de paiement dématérialisés entraîne une privatisation toujours plus importante de l'un des principaux attributs régaliens. Frapper la monnaie est l’expression de la souveraineté des États. Les Banques centrales sont des organismes publics, alors que les cartes de crédit et les applications de paiement mobile sont le fait de banques privées ou d’entreprises high-tech comme Google (avec son application Wallet). Et, comme le reconnaît Leo Van Hove, la crise financière et les révélations sur les dérives de la finance “ont entamé le niveau de confiance du public dans les banques privées”.

Avec France 24

 

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