L’accord sur une réduction de la production du groupe Opep+ va stabiliser momentanément les cours. Mais il révèle aussi des failles entre les membres du cartel pétrolier et sa dépendance grandissante au partenariat avec la Russie.

1,2 million de barils en moins sur le marché en 2019, c’est une bonne nouvelle pour les pétroliers. "Cela va aider les producteurs à faire face à la solidité de la production américaine en 2019, année pour laquelle nous prévoyons une hausse annuelle de production non-Opep de 2,4 millions de barils par jour, tirée essentiellement par les Etats-Unis", commente Ann-Louise Hittle, analyste pétrole chez Wood Mackenzie. "Si l’on compare cette hausse avec celle de la demande, que nous projetons à 1,1 million de barils par jour en 2019, cela laisse peu de place à une augmentation de la production de l’Opep". Peu de place est ici un euphémisme.

Aux membres de l’Opep et à leurs alliés, les efforts pour soutenir les prix. Aux producteurs américains, la course à la production. "Une

baisse de production de 1,2 million de barils devrait remettre le marché sous tension au troisième trimestre 2019 et permettre au cours du Brent de remonter au-dessus des 70 dollars (contre 60 dollars actuellement)", ajoute Ann-Louise Hittle. En effet, il aurait fallu un accord plus ambitieux, sur une baisse de production d’au moins 1,5 million de barils, pour rééquilibrer le marché dès le premier semestre 2019. Après un sursaut directement lié à cette annonce, la baisse des cours devrait donc se poursuivre quelques mois.

Un accord sur le fil

"Les discussions précédant l’accord, qui se déroulent habituellement sur plusieurs mois, se sont cette fois tenues en grande partie dans la semaine", affirme encore la vice-présidente macro oil de Wood Mackenzie. Plusieurs freins ont empêché sa conclusion dès le 6 décembre, au soir de la réunion de l’Opep à Vienne.

L’Iran, sous le coup de sanctions liées à son programme nucléaire l’empêchant d’exporter autant qu’il le souhaiterait, demandait à nouveau une exemption de l’effort de réduction, que le pays affirme avoir obtenue. Ces derniers mois, son rival géopolitique, l’Arabie saoudite, avait dû relâcher sa discipline. Washington a exercé une forte pression sur Riyad pour que ce dernier, affaibli par les révélations sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans son ambassade en Turquie, compense les volumes iraniens sortis du marché. Donald Trump espérait ainsi pouvoir maintenir sa ligne dure envers l’Iran sans pour autant faire l’objet de reproches de ses consommateurs, qui détestent voir monter le prix du carburant à la pompe. "Les Etats-Unis ne sont pas en position de nous dicter notre conduite", lui avait rétorqué le ministre saoudien de l'Energie, Khaled al-Faleh.

Quant à la Russie, elle était peu encline à renforcer son effort en cette période de forte consommation hivernale. Son ministre de l’Energie Alexandre Novak a reconnu que les discussions avaient été complexes.

Diplomatiquement, cet accord obtenu sur le fil est un camouflet pour le président américain Donald Trump. Ses compatriotes producteurs de pétrole, en revanche, se frottent les mains. Sans cet effort de leurs concurrents, le cours du WTI (pétrole de référence aux Etats-Unis) risquait de descendre à la limite de leur seuil de rentabilité, compromettant leurs plans de forages pour 2019.

Un Opexit contagieux ?

L’Opep, en revanche, n’en sort pas renforcée. Après l’annonce d’un "Opexit" du Qatar, qui quittera l’Organisation en janvier 2019, le négociateur iranien a évoqué le risque de sortie d’autres pays membres. C’est également la prédiction de Michael Cohen, analyste énergie à la Barclays Bank, qui annonçait il y a quelques jours la défection prochaine de l’Irak. Le départ du deuxième producteur du cartel (4,63 millions de barils par jour au troisième trimestre 2018) affaiblirait nettement l’Organisation, de plus en plus dépendante de la Russie pour contenir les fluctuations des cours.

Avec l'usine nouvelle

 

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