Si ce n’est pas un cadeau de Noël du Gouvernement Matata aux Congolais, cela y ressemble fortement. En 2015, le taux d’inflation n’aura été que de 0,8 % ! En langage moins ésotérique, cela signifie que les prix de produits et de biens n’ont pratiquement pas connu de variations.

C’est donc un Matata aux allures de père Noël qui a annoncé, hier cette bonne nouvelle. Le Premier ministre s’exprimait à l’occasion de la sortie du deuxième numéro du Volume I de la " Revue congolaise de politique économique ".
Si le taux d’inflation toise le 0 %, c’est que le pouvoir d’achat du Congolais s’en trouve renforcé. C’est donc du concret. Ce qui fait dire à Matata Ponyo que la croissance est, non seulement de plus en plus inclusive, mais aussi elle est pro-pauvre. Faisant montre d’un triomphe modeste, le chef du Gouvernement reconnait tout de même que le chemin est encore long. Essentiellement en raison de l’ampleur du GAP socio-économique.
De 1990 à 2001, les richesses se sont évaporées à hauteur d’environ 46% , note le Premier ministre. Alors que dans la même période, "les bouches à nourrir " ont augmenté de plus de 43% ! C’est pourquoi Matata Ponyo entend poursuivre la politique menée sous l’autorité du chef de l’Etat.
Face à l’échantillon du gotha scientifique, académique, du monde des affaires…présent dans le désormais célèbre " jardin des premiers « , le Premier ministre a lancé un appel pour plus d’implication dans la revue. Une revue que Matata ne voit pas autrement que sous le prisme de l’excellence. A preuve, révèle le chef du gouvernement, le Nobel ès économie 2007 a signé un article. C’est dire.
Le cru 2015 sur le marché, Augustin Matata pense déjà au millésime 2016. Et là cap sur " la grande modération ".
Il sera question, indique le Premier ministre Matata, d’approfondir les études pour voir si cette croissance économique est en phase avec la grande modération. C’est-à-dire une croissance forte, mais qui doit être prévisible et qui s’inscrive dans la durée. Pour cela, parmi les variables contrôlables, il y a bien la stabilité du taux d’inflation.
Au regard de l’historique 0, 8 % de cette année, tout porte à croire que la croissance économique de la RDC est en phase avec la " grande modération ". Vivement donc le numéro 1 du volume 2 ! Avant l’explication des textes du Premier ministre, le " Jardin des premiers " a ressemblé à un amphi de la fac d’économie. Dans le rôle de Prof dispensant le cours ex cathedra le directeur de cabinet adjoint du Premier ministre.
Dans la position d’étudiant, les invités, tous protocoles confondus. Croissance inclusive, croissance pro-pauvre, développement humain… , Vincent Ngonga n’a pas lésiné sur les définitions. Alors, comme étrenne de Noël, voici gracieusement la leçon publique du Pr Ngonga. Pour une lecture inclusive. JN

Le mot de circonstance du Directeur de cabinet adjoint du Premier ministre
Excellence Monsieur le Premier Ministre,
Honorables députés et sénateurs,
Excellences mesdames et messieurs les membres du gouvernement,
Messieurs les ambassadeurs et membres du corps diplomatique,
Distingués invités, en vos titres et qualités respectifs,
Mesdames et messieurs,

II ne sera pas question aujourd’hui d’un nouveau vernissage de la Revue Congolaise de Politique Économique. Cet événement a eu lieu en son temps.
La cérémonie de ce jour porte sur la présentation du numéro 2 de la revue qui aborde un thème d’actualité, passionnel et passionnant, à savoir " croissance inclusive en RDC : enjeux et défis".
La présente intervention commencera par préciser la portée du terme "croissance inclusive". Elle abordera ensuite les différences à établir entre la croissance inclusive, la croissance pro-pauvre et le développement humain dont le rapport venait d’être publié, il y a de cela une semaine, par le PNUD. Elle répondra enfin à la grande question de savoir si la croissance en RDC est inclusive.
Quelle est la signification du terme "Croissance inclusive " ?
Un terme, un groupe de deux mots, un nom et un adjectif.
Le nom "croissance" signifie l’augmentation soutenue, pendant une période relativement longue, de la production d’une économie. L’adjectif " inclusive" s’entend comme cette croissance qui profite à un grand nombre, qui ne laisserait à terme personne au bord de la route.

La croissance inclusive est :
o participative en ce qu’elle suppose implique le plus grand nombre possible des citoyens dans l’effort productif. Dans ce cas, elle est pro-job et requiert la solidarité dans l’effort ;
o distributive en ce qu’elle suppose une répartition équitable des bénéfices ou des dividendes de la croissance au sein de la population. Dans ce cas, elle repose sur la solidarité dans le partage.
En définitive, la croissance inclusive a comme fondements la participation et l’équité sociale. Elle est, de ce fait, à la fois, positive et normative. Elle est la combinaison de ce qui doit être et de ce qui devrait être.
La croissance inclusive est une résultante des politiques économiques et sociales menées. Demander si la croissance est inclusive, c’est bien mais, s’interroger si les politiques sont inclusives, c’est mieux.

Mesdames et messieurs,
Comment mesure-t-on concrètement la croissance inclusive ou se rend t—on compte que la croissance est devenue inclusive ou tend à la devenir ?
De la panoplie des mesures proposées, l’approche de l’OCDE est la plus usitée par les auteurs. Elle mesure la croissance inclusive à partir de l’indicateur du niveau multidimensionnel de vie.
Le niveau multidimensionnel se compose d’un indicateur monétaire à savoir l’incidence de la pauvreté et d’un indicateur non monétaire, l’espérance de vie à la naissance. La croissance devient inclusive lorsque l’indicateur du niveau multidimensionnel augmente.
Quelles différences entre "croissance pro-pauvre, croissance inclusive et développement humain ?
Toute croissance inclusive est pro-pauvre mais toute croissance pro-pauvre n’est pas inclusive. La croissance pro-pauvre est celle qui permet de réduire le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Ce seuil est fixé à 1,25 dollars américains par jour. La croissance pro-pauvre se focalise ainsi sur les populations vivant en dessous du seuil de pauvreté. Par contre, la croissance inclusive concerne l’ensemble de la population. Elle est multidimensionnelle en ce qu’elle intègre tant les éléments monétaires que non monétaires.
Le développement humain, s’entend comme l’élargissement des choix offerts à chacune et à chacun, en se préoccupant de la richesse de la vie humaine non seulement de la richesse du pays. Il se mesure à partir d’un indice composite axé sur trois dimensions fondamentales du développement humain : la capacité de vivre longtemps et en bonne santé, mesurée par l’espérance de vie à la naissance, la capacité à acquérir des connaissances, mesurée par la durée moyenne de scolarisation et la durée attendue dé scolarisation et la capacité à atteindre un niveau de vie décent, mesurée par le revenu national brut par habitant ajusté à la parité des pouvoirs d’achat.
La croissance inclusive peut être créatrice du développement humain au regard de sa composante "espérance de vie à la naissance," mais elle est moins globalisante que le développement humain.

La croissance en RDC est-t-elle inclusive ?
La RDC connait une croissance soutenue depuis 2002. Entre 2002 et 2015, le cumul dé croissance a été de 91,6%, soit une moyenne de 6,5% par an.

S’agissant de l’indice du niveau multidimensionnel de vie, ces deux composantes, à savoir l’espérance de vie à la naissance et l’incidence de la pauvreté ont évolué comme suit :
Concernant l’espérance de vie à la naissance, de 45 ans en 1990, elle est passée à 48 ans entre 2002 ; et 2005. Elle est située en 2015 à 51 ans.
Quant à l’incidence \de la pauvreté, de 85% en 1990, elle a été établie à 71% entre 2002 et 2005, pour se situer à 63% entre 2010 et 2015.
L’indice du niveau multidimensionnel est obtenu en convertissant les deux composantes en indice et en les mettant en rapport. Cet indice qui mesure l’inclusivité de la croissance, est passé de 100 en 1990 à 110 entre 2002 et 2005 pour se situer à 127,5 entre 2010 et 2015.
Ainsi, le niveau multidimensionnel de vie a augmenté de 25% entre 2002 et 2015, soit une moyenne de 2% l’an. De ce fait, lorsque la richesse intérieure varie de 1%, le niveau multidimensionnel ne croit que de 0,3%.
En définitive, la croissance de la RDC, au regard de l’évolution de l’incidence de la pauvreté est pro-pauvre. Cependant, l’ampleur de l’incidence demeure élevée. D’où la nécessite de poursuivre sans désemparer avec des politiques visant la réduction de la pauvreté.
Au regard de l’évolution de l’indice d niveau multidimensionnel de vie, la croissance de la RDC devient de plus en plus inclusive. Cependant, l’écart entre le résultat de croissance économique et l’évolution du niveau multidimensionnel reste très important qu’il y a lieu d’accélérer la mise en œuvre des politiques inclusives.
La recommandation principale est de maintenir sur une longue durée la croissance forte, résiliente et de "grande modération" pour accroitre les effets de redistribution et d’inclusivité par l’accélération et l’approfondissement des politiques menées actuellement dans les principaux domaines ci-après :
o accès à une alimentation saine et suffisante à travers la duplication des parcs agro-industriels ;
o accès à l’eau et à l’électricité à travers les politiques et les réformes entreprises dans ce secteur en matière d’adduction en eau potable, le développement des microcentrales, la réhabilitation de INGA 1, la réalisation de INGA 3... ;
o accès aux logements décents ;
o préservation du travail et accès à l’emploi ;
o accès à des soins de santé de qualité ;
o accès à l’éducation et à la formation de qualité ;
o lutte contre les inégalités de toutes sortes ;
o accès au dividende démographique.
J’espère que ma communication, même si à certains moments elle avait des accents rébarbatifs, a été inclusive.
Je vous remercie.

 

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