C’est ce qu’affirment deux chercheurs qui s’appuient sur plus de 1600 pages de documents internes, obtenus grâce à la Loi sur l’accès à l’information.

« [Notre examen approfondi] montre comment le secteur privé a non seulement été inutile au développement du vaccin, mais l’a aussi probablement ralenti », écrivent-ils dans leur étude, publiée à midi sur le site du Journal of Law & the Biosciences.

« L’entreprise à qui le Canada a accordé une licence, BioProtection Systems, n’a atteint aucun des objectifs expérimentaux décrits dans son plan de développement du vaccin », ajoute en entrevue à La Presse Matthew Herder, co-auteur de l’étude et directeur de l’Institut du droit de la santé de l’Université Dalhousie.

En parallèle, le Laboratoire national de microbiologie du Canada - qui relève de Santé Canada - a réussi à faire fabriquer près de 1400 doses pouvant être administrées à des humains, dont 800 ont été utilisées lors de l’épidémie de 2014-2015.

Quand l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié cette épidémie d’urgence mondiale, le secteur privé a été critiqué pour son inaction. « Je ne pense pas que l’humanité n’ait jamais tenté quelque chose d’aussi complexe », s’était alors justifié le président de New Link Genetics (qui avait racheté BioProtection Systems) au journal scientifique Lancet.

Son entreprise a fini par céder à Merck Sharp & Dohme les droits originellement cédés par le gouvernement canadien. Cette transaction lui a permis d’empocher 50 millions et de voir la valeur de son action doubler (et aussi de recevoir près de 120 millions de sources gouvernementales américaines). « Non pas parce que cette entreprise avait fait le travail, mais plutôt parce qu’ils contrôlaient le brevet », dit Matthew Herder.

Finie la dépendance

« On devrait cesser de dépendre du secteur privé pour développer de nouveaux vaccins et traitements, cesser de présumer qu’il est plus efficace, estime le professeur de droit. Financer les labos publics pourrait se révéler un bien meilleur investissement que de donner des incitatifs à l’industrie. »

D’après les centaines de documents qu’il a analysés avec un confrère de McGill, une immunologue du Laboratoire national de Winnipeg, Judie Alimonti, et son équipe ont solutionné eux-mêmes les défis techniques qui ne cessaient de retarder la livraison des doses de vaccin promise par un fournisseur allemand. « C’est une héroïne méconnue », dit Matthew Herder.

Grâce à la persévérance de la Dre Alimonti (aujourd’hui décédée), 800 doses de vaccins contre l’Ebola ont pu être distribuées d’urgence pendant l’épidémie de 2014-2015. Et quelques centaines d’autres ont pu être utilisés pour mener les premiers essais cliniques - attendus depuis déjà dix ans.

« Les scientifiques du gouvernement peuvent faire bien plus que ce que les gens pensent, bien plus que de simples découvertes et que des recherches sur les animaux”, conclut le professeur Herder, convaincu qu’ils peuvent mener des essais cliniques jusqu’à la dernière phase. Il faut cesser de mettre un plafond artificiel sur leur contribution. »

Leurs « contributions inestimables » au développement du vaccin rVSV-ZEBOV (rebaptisé Ervebo par Merck et approuvé le mois dernier aux États-Unis) se sont produites dans des conditions précaires, souligne-t-il. « Imaginez si nous avions réellement soutenu son travail ! »

Des millions investis

Santé Canada n’a jamais envisagé faire développer le vaccin par le Laboratoire national de microbiologie, même s’il l’avait inventé, dit Matthew Herder. Quand Nature a publié une étude montrant la grande efficacité du produit sur des modèles animaux, en 2005, un texte intitulé « Fabricant recherché pour des vaccins » a paru dans le Journal de l’Association médicale canadienne. L’auteur écrivait que mener les essais cliniques à terme prendrait « jusqu’à 18 mois ».

Mais aucun fabricant n’est manifesté. L’Ebola est une fièvre hémorragique dévastatrice ; elle tue au minimum une victime sur trois. Mais le virus se réveille sporadiquement et frappe des pays pauvres.

Deux ans plus tard, l’agence de santé publique du Canada a fini par négocier avec BioProtection Systems (rachetée par New Link), et à lui céder les droits après trois ans de négociations. Aucune de ces entreprises n’était de taille ; elles n’avaient jamais mis un produit sur le marché, affirme M. Herder. Et le laboratoire de Winnipeg n’avait pas la capacité de faire respecter les termes du contrat, dit-il.

Le gouvernement canadien a versé près d’un million de dollars pour payer les doses fabriquées en Allemagne à la demande du laboratoire de Winnipeg.

D’après les documents obtenus par Matthew Herder, les secteurs public et philanthropique auraient financé tous les essais cliniques faits en un temps record lors de l’épidémie de 2014-2015 et dans d’autres régions. « Merck a principalement donné la permission d’utiliser le vaccin », dit-il. Le financement public a continué en 2016-2017.

L’industrie répond

Les scientifiques du gouvernement pourraient-ils vraiment tester sur des humains des thérapies complexes, comme les thérapies géniques ? « Nous avons toutes les raisons de vouloir essayer et nous ne le saurons pas avant de le faire, répond Matthew Herder. Il y a un lourd prix à payer avec le statu quo, entre autres, celui de ne pas pouvoir choisir quelles interventions thérapeutiques développer. »

Le professeur de droit y voit aussi une façon de contrôler la flambée des prix des médicaments, décortiquée dans notre enquête du week-end dernier. Les sociétés utilisent la recherche publique à des fins commerciales, sans que le public bénéficie vraiment de ses retombées, affirment plusieurs bioéthiciens et chercheurs.

Dans un courriel envoyé à La Presse, Merck dit avoir « alloué des ressources et une expertise importantes » en travaillant avec Santé Canada pour évaluer le vaccin lors des essais. En le faisant approuver en Europe et aux États-Unis. En s’engageant à le rendre disponible au prix coûtant dans les pays les plus pauvres du monde. Et en donnant 275 000 doses à l’OMS pour les interventions en cas d’épidémie.

L’industrie pharmaceutique pilote actuellement 4500 essais cliniques au Canada, souvent en collaboration avec les universités et les hôpitaux. « Bien que la recherche universitaire augmente, la grande majorité de la recherche au Canada est financée par les entreprises », affirme le regroupement Médicaments novateurs Canada, en référant à un rapport du Conseil des académies canadiennes.

Ses membres affirment investir 1,2 milliard de dollars par année en recherche et développement. Un montant supérieur à celui calculé par un organisme fédéral, le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés.

Ni BioProtection Systems, ni New Link Genetics n’ont répondu aux courriels de La Presse.

 

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